Polymarket a passé ces derniers mois à recruter les profils que l’on attend d’une plateforme régulée, et cette semaine, l’entreprise a officialisé l’attelage. La société de marchés de prédiction a détaillé une série de nominations seniors en conformité, risques, affaires réglementaires et enquêtes, venues de Nasdaq, Robinhood, Coinbase et du FBI, assorties d’une refonte marketing. Le message envoyé, avant son plus grand test américain cet automne, est que l’exploitation relâchée des 4 dernières années appartient au passé.

Aux commandes du changement, Travis VanderZanden, fondateur de l’opérateur de trottinettes Bird et ancien dirigeant d’Uber et Lyft, arrive comme directeur de la croissance et prend la main sur le marketing. Autour de lui, une équipe conformité pensée pour les régulateurs. Megan McGrath, ex-Robinhood, devient directrice de la conformité de l’exchange américain. Paul Jordan, venu de l’opérateur boursier Nasdaq, est nommé directeur des risques. Natalie Oblazny, passée par la plateforme crypto Coinbase, prend les affaires réglementaires, et Shana Bautista, ancienne responsable au FBI qui a aussi travaillé chez Coinbase, dirige les enquêtes et le renseignement à l’échelle mondiale. « La confiance est le produit que nous construisons ici », a déclaré en juillet Dan Lee, patron des activités américaines de Polymarket et lui-même ancien de Coinbase.

Le marketing qui a tout déclenché

La refonte ne sort pas de nulle part. Fin juin, une enquête a révélé que Polymarket avait inondé TikTok, YouTube et Instagram de vidéos montrant des personnes ordinaires réussir des trades, et que ces gains étaient mis en scène. L’entreprise a bâti des copies quasi identiques de son propre site et a demandé à des créateurs payés de se filmer en train de trader sur ces clones, sans argent réel et sans indiquer qu’ils étaient rémunérés. Les vidéos ont cumulé plus de 140 millions de vues. En quelques jours, deux sénateurs, John Curtis (Utah) et Adam Schiff (Californie), ont saisi la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le régulateur fédéral des dérivés, qui a ouvert une enquête. Depuis, Polymarket a fait appel au cabinet AlixPartners pour superviser ses contenus.

Pourquoi maintenant: le retour vers l’Amérique

Le calendrier explique ces embauches. Polymarket a quitté les États-Unis après un accord en 2022 avec la CFTC pour exploitation d’une plateforme de dérivés non enregistrée, puis a passé les années suivantes à préparer son retour. L’entreprise a déboursé 112 millions de dollars pour QCEX, un petit exchange et chambre de compensation déjà titulaires des licences CFTC qui lui manquaient, et s’en est servi comme porte d’entrée juridique pour accueillir de nouveau des utilisateurs américains, en supprimant sa liste d’attente aux États-Unis en mai. Le vrai test tombe cet automne, au moment où l’agenda se charge. La saison de la NFL (ligue professionnelle de football américain) s’ouvre en septembre et les élections de mi-mandat suivent en novembre, deux catalyseurs attendus pour attirer des vagues de nouveaux traders vers les marchés de prédiction. En cumulant Kalshi, Polymarket et la filiale américaine de Polymarket, le volume de juillet a atteint 50,59 milliards de dollars, dont environ 37,7 milliards pour le concurrent Kalshi, un écart que la nouvelle équipe américaine est chargée de combler.

Ces nouveaux intitulés ne changent pas le fonctionnement de Polymarket. Derrière chaque prix, une foule de traders évalue la probabilité qu’un événement se produise, et le chiffre à l’écran est la mesure en temps réel de ce jugement. Ce que ces recrutements doivent changer, c’est qui observe ce trading. Une directrice de la conformité venue de Robinhood, un directeur des risques issu de Nasdaq et une cheffe des enquêtes formée au FBI sont le mobilier d’un marché supervisé, et les installer coûte moins cher que de reconquérir la crédibilité dilapidée par la campagne marketing. L’automne dira si l’équipe est du solide ou du décor, car c’est à ce moment que le volume, et la surveillance qui l’accompagne, arriveront réellement.